« Patagonie intérieure » de Lorette Nobécourt

« Patagonie intérieure » de Lorette Nobécourt

images-27Un petit bijou de littérature de voyage à ne pas manquer ! 109 pages de pur bonheur d’écriture pour qui aime voyager, penser le voyage, être autre chose qu’un touriste prisonnier dans des schémas pré-digérés de visites en overdose.

Je n’ai qu’une crainte celle de ne pas arriver à vous convaincre de le lire, vous, voyageur dans l’âme.

L’auteur se rend en Patagonie avec pour objectif de vérifier, valider les éléments géographiques et historiques du héros de son prochain roman en cours d’écriture. Mais cette raison est un alibi, ce voyage en Patagonie, elle en a toujours rêvé et il suscite en elle des révélations sur LE voyage en lui même. La façon d’aborder un voyage est une sorte de révélateur sur la connaissance de soi. C’est autant un voyage géographique qu’un voyage intérieur, qu’elle découvre au fil des étapes.

Ses commentaires et réflexions sur les raisons profondes qui nous poussent à voyager, sa vision de la découverte, tout est parfaitement écrit dans une langue magnifiquement maîtrisée.

Ses descriptions des paysages sans fin sont à couper le souffle.

L’approche est très littéraire, il faut le préciser. Mais quel bonheur de lecture !

Je ne connais pas la Patagonie, même si j’en rêve, mais cet ouvrage aurait pu parler de l’Islande que je connais. Même dépaysement, même sensation que l’on rentrera différent de ce voyage.

Quelques extraits choisis pour vous donner un avant-goût :

  • «Quelle est cette quête d’un ailleurs qui n’existe qu’à l’intérieur de nous même?»
  • «Et faut il toujours reconvoquer l’épreuve du manque pour être augmenté de la présence par l’absence ?»
  • «Peux-t-on finalement, transmettre héritage plus précieux que celui de la soif suscité par le manque ?»
  • «Le paysage me rentre dedans. Je sens déjà la mémoire que j’en porte dans la poitrine pour l’avenir, lorsque de retour là-bas qui sera mon ici de demain, je réveillerai les images.
  • «Ce que je vois, ici: c’est la terre qui nous regarde. Et c’est cela qui nous fait si timides… Dans les fjords, les fragments de terre sont des lettres perdues qui cherchent leur phrase. Alors, nous ne pouvons que faire silence.»
  • «Je pousse la porte. Je suis dehors, non je suis dedans, je suis dans l’envers du monde. Il existe un envers du monde qui est à l’endroit. Et c’est ici . La Patagonie c’est cela, ce n’est pas le bout du monde mais son envers à l’endroit, où se dressent majestueux les dieux et déesses qui peuple cet univers enversé
  •  «Ce n’est pas un paysage c’est une porte… cette porte ouvre à l’intérieur de soi.»
  •  «En arrivant à Punta Arenas, une publicité me saute aux yeux … » En Patagonie les chats ne sont pas domestiques » un énorme puma illustre le slogan. Cela m’enchante.»
  • «Ushuaïa, ce n’est pas le bout du monde, non, seulement une petite ville où les magasins le prétendent.»
  • « La démesure n’a que la mesure pour avoir accès à elle-même. L’infini ne possède que la limite pour exister. « 
  •  «Il n’y a rien-rien-rien- Sinon des étendues illimitées qui profanent l’habitude du regard et le forcent à se perdre…Rien, des autruches, comme de drôles de chapeaux mondains égarés, plumes au vent.»

Chaque phrase de ce petit livre arrive en résonance dans notre façon de concevoir le voyage.

A LIRE A RELIRE ET A OFFRIR !!!!

Editions Grasset, 2013, 109p.

Note : 5+/5

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